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SANTA

16 Août 2024

Spectacle payant

29  €

SANTA

Charismatique chanteuse de Hyphen Hyphen, Santa revient avec le nouvel album de ce groupe lauréat, en 2016, de la Victoire récompensant la révélation scène de l’année. Mais c’est avec un fulgurant premier EP à son nom, «999», entièrement en français, qu’elle exprime une facette artistique qu’elle n’a jamais dévoilée auparavant. Cet EP augure superbement de l’album de Santa prévu pour la suite… 

Point important pour elle, cet opus a reçu l’assentiment, et même les encouragements, de Line et Adam, ses acolytes de Hyphen Hyphen. Dans cet EP de cinq titres qui sortira le 9 septembre, nous découvrons une «néo-variété» à la riche palette, qui, avec autant de sens que de sensibilité, nous bringuebale entre odes à l’amour, exhortations à l’émancipation et hymnes à la joie. «Je veux habiller mes chansons d’une variété nouvelle, que je nomme néo-variété, souligne-t- elle. En tant que productrice, j’ai envie de peaufiner une signature, qui conjugue de grandes mélodies, avec un vrai travail sur le son». Son univers singulier se déploie sans limites (sauf celle d’une pudeur assumée), des abysses du spleen jusqu’aux flots tempétueux de l’indignation, mais, surtout, pour s’élever vers les altitudes les plus radieuses de l’espoir, et célébrer les vertus de l’utopie. 

Une positivité qu’elle cultive, en dépit des tribulations qui agitent la planète. «Je chante pour ceux qui restent, pour la mémoire perdue / J’écris une chanson détresse avec vue / J’écris une chanson promesse en veux-tu ?», demande-t-elle, de sa voix colombe qui nous emporte sur ses ailes, dans "Où va le temps qui s’en va". Un piano et des brassées de cordes ouvrent, crescendo, l’espace, toujours plus vaste, toujours plus haut. Puis, éperonnés par la batterie, ils irisent le chant de moirures stellaires.

S’appeler Santa, anagramme de Satan, c’est, non sans espièglerie, faire la nique à l’infortune et aux esprits diaboliques. «C’est choisir son camp, confie-t-elle. Pour moi, la dualité des choses est à sonder assidûment. Car la réalité est beaucoup plus complexe qu’on veut trop souvent nous le faire croire à travers des schémas préétablis. Au-delà des déchirements, j’ai veillé à ne pas basculer dans une discordance négative, et tenté de twister mes drames personnels en feux de joie».

Si l’interprète, multi-instrumentiste, autrice et compositrice recourt parfois à l’uppercut, c’est pour mieux revenir à l’épicentre de son âme et de son art : l’amour.                                                                                                                      Ce qu’illustre magnifiquement le premier single, dont le clip a été acclamé dès sa sortie, le 25 mars : PopCorn Salé, grande déclaration d’amour adressée, dans le vacarme contemporain, à la bien-aimée, au gré d’un piano-voix dépouillé, dense. «Je t’emmène loin regarder le monde s’écrouler / Y’aura du popcorn salé / Y’aura un nouveau monde à nos pieds (...) / J’éteindrai le chaos, tu seras ma femme». Elle explique : «J’ai envie de me raccrocher à quelque chose de pur – l’amour – plutôt qu’à ces sentiments très terriens, ces ambivalences qui nous habitent toutes et tous. Ce chaos, je l’ai senti dès mon plus jeune âge, que ce soit au niveau « micro » – ma vie – ou au niveau « macro » – les séismes que subit le monde.  Dans mes textes, j’essaie de proposer une double lecture qui permette de relier l’intime et l’universel ». Le feu brasille en sa voix, les mots semblent directement jaillis de ses entrailles... 999 exsude un sentiment d’urgence. Et Santa, de préciser : « J’ai écrit d’un trait la plupart des chansons, elles me sont advenues comme une nécessité absolue ».

Pour la première fois, elle a conçu un album intégralement en français. Une façon de se délivrer de la pudeur qui se niche en elle. «J’ai grandi à Nice. Ma mère étant américaine, nous écoutions énormément de musique anglo-saxonne à la maison. C’est naturellement que j’ai chanté en anglais au sein de Hyphen Hyphen. «Écrire en français m’a permis de prendre du recul, de m’autoriser à me livrer davantage ». 999, c’est Santa, cent pour cent.

On découvre les multiples cordes qu’elle possède à l’arc de son talent. Elle, qui compte déjà, parmi ses diverses pratiques, la cuisine, le dessin, le judo, le tennis et l’haltérophilie, nous en révèle d’autres ici : elle a écrit, composé, enregistré, produit et réalisé 999. Et, hormis les parties de batterie ajoutées par Zoé Hochberg, elle officie à tous les instruments, voix, piano, guitare, basse, synthétiseurs, machines, programmation des cordes et des beats, etc. Dans la noble lignée d’une Véronique Sanson, on perçoit, chez Santa, le judicieux découpage de son phrasé, la ductilité de son flow, bref, cette manière de dispenser à la langue française, sans jamais la violenter, quelque chose de la rondeur qui fait l’élasticité de l’anglais, plébiscité dans le rock et dans nombre de genres musicaux. Plaisir de savourer son travail sur la langue française...

L’amour toujours, passionnément, à la folie, avec le titre pop Paris en août. Là encore, des trouvailles lexicales. « Celle qu’on quitte et qui doute / Celle qu’on aime quitte que coûte / J’ai vu Paris sans elle (...) ». Sa guitare électrique galvanisante s’accroche à nos grolles, pour nous entraîner sur la piste de danse, irrésistiblement. « Dans cette chanson, j’affirme que la vie est plus belle à deux, que ce soit avec quelqu’un d’autre ou avec soi- même. J’appuie sur les paradoxes, les défis à relever, danser sur la tristesse, danser sur la mort, danser avec nos fantômes, apprendre l’absence. La musique est un joli vecteur qui rend palpable l’impalpable » Pour ce qui est de la clarté mélodique, de l’élégance harmonique et de ce ton qui semble léger mais qui cache des fêlures, on pense à Michel Berger, notamment dans Réveil, qui décrit les matins brouillés de grisaille et de chagrin. « J’ai pas envie de repartir à zéro / De repanser la douleur / J’ai pas envie de repartir à zéro / Dans les tic-tac du malheur », chante l’intranquille... « Réveil date du moment où je me suis de nouveau penchée sur la chanson française des années 1980. J’aime, chez Mylène Farmer, cette sorte d’ingénuité qui a un côté très catchy. Réveil recèle une naïveté voulue. Le café spleen du matin, l’arôme des regrets devant la journée qui se profi le, la sensation de tristesse que l’on a quelquefois sans forcément savoir pourquoi... » Dans le subtil sillage musical d’une Mylène Farmer, il y a, dans Réveil, cette substance sonore atmosphérique, cette ouate onirique, nous embarquant à bord d’un vaisseau spécial, là où, même pour quelques minutes trop brèves, triomphent nos amours et nos rêves.

Elle est belle, mais ne se tait pas. « Qui a le droit ? », une interrogation répétée à l’envi, une anaphore qui frappe fort. « Qui a le droit / De me montrer du doigt / Il n’y a rien de manqué / Dans le garçon en moi / Qui a le droit / D’oublier ses rêves (...) », entend-on, dès les premiers vers d’un saisissant manifeste qui dénonce toute forme d’injustice, d’exclusion, de stigmatisation (la ballade Qui a le droit, le deuxième single). Un poignant cri d’alerte posté sur Internet en avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle. Une foudroyante leçon de conscience et de bienveillance, d’humanité pétrie d’humilité.

Son verbe ne se dépoitraille pas, préférant puiser à la puissance retenue de la suggestion. « L’écriture de chaque phrase de Qui a le droit est née de la volonté de comprendre des réalités qui m’ont dépassées, avec un dessein qui me préoccupe : aller du personnel à l’universel. L’expression ‘’garçon manqué’’ renvoie à la théorie du genre, dont on nous bourre le crâne dès l’enfance, comme bien d’autres injonctions sociales. Ce titre, dans lequel j’aborde plusieurs sujets de société, appelle autant au questionnement qu’à l’empathie. Dans la vie et à travers mon art, je cherche avant tout le sensible, le sincère, le beau. » Après une sobre introduction en piano-voix, s’élève peu à peu une supplique, sur des cordes symphoniques, des cuivres solennels, une cloche qui sonne le cœur battant de l’instant, une somptueuse cathédrale sonique, avant que n’explose, en apothéose finale, le chant glorieux de Santa.